Elio Darras

Note technique · Publié le 25 septembre 2026

PitStop, vendre le droit d'entrer

Le brief d'un entrepreneur, un pass à 1 € par mois pour les toilettes des cafés, trois façons de prouver un passage, et pas d'app pour le restaurateur, exprès.

Un entrepreneur m'a contacté, en freelance, avec une idée précise. Les toilettes propres existent déjà, dans les cafés. Ce qui manque, c'est le droit d'y aller sans commander un café ni négocier au comptoir. PitStop vend ce droit à l'avance, un pass mensuel à 1 € ou un pass visiteur de 72 heures à 1,50 €.

Trois acteurs, un seul qui paie. L'abonné reçoit une carte, un pass et des consignes d'accès. Le restaurateur ouvre ses toilettes et gagne du passage, sans contrainte ni coût. Mon rôle a été d'en faire un produit qu'on peut montrer et essayer, avec un réseau de démonstration de huit établissements parisiens et un paiement simulé, annoncé comme tel.

La fiche d'un café porte surtout une chose, la consigne d'accès. « Toilettes au sous-sol, montrez l'app au comptoir. » C'est le champ le plus important de toute l'app, avant les horaires, la distance à pied et la photo de l'entrée. En situation d'urgence, on ne compose pas une requête, on tape une fois, donc la liste n'accepte qu'un filtre à la fois.

Le pass est un écran qu'on tend au comptoir, teal plein écran comme une carte d'embarquement, avec deux preuves de vie contre la capture d'écran, une horloge à la seconde et un badge animé. Tout fonctionne hors ligne, sauf le code tournant, qui n'est jamais persisté, parce qu'un code périmé ne servirait qu'à se faire refuser.

Prouver un passage, j'ai fini par le faire de trois façons. Un autocollant QR près de la caisse, scanné avec l'appareil photo natif, qui identifie l'établissement mais pas la personne. Un code tournant signé en HMAC-SHA256, qui change toutes les 15 secondes, vit 20 secondes et sert une seule fois. Et un filet, un code à quatre chiffres tapé par le patron sur le téléphone de l'abonné, limité à dix tentatives par minute.

Pas d'app restaurateur, et c'est voulu. Aucun commerçant n'installera une application pour dire que ses toilettes sont en nettoyage. Il reçoit une page web sans compte ni mot de passe, rendue en HTML pur, qui s'ouvre sur un téléphone de 2015 posé à côté de la caisse, avec sa fréquentation, un scanner dans le navigateur et une mise en pause de 24 heures au plus.

Le tout tient en 26 pages de documentation et six décisions d'architecture, pour que quelqu'un d'autre puisse reprendre le projet derrière moi.